![]() ![]() « El Babi
» Voici l'histoire presque authentique d'une vocation ratée, ou les déboires tauromachiques d'un torero Halo-provençal : Céleste Panzoti dit « El Babi ». Le piano souffrait le martyre sous les doigts du pauvre Céleste. C'est pas ça ! C'est pas ça ! S’époumonait le professeur. L'élève eut un sursaut. Je fais ce que je peux monsieur ! Comment ! Tu fais ce que tu veux oui ! – Tu attaques La Lettre à Élise et qu'est-ce que j'entends à la fin ? – Carmen oui, Carmen l Toréador prend garde, Toréador, Toréador. – Tu peux me dire ce qu'il foutait là ton Toréador ? -J'ai eu un moment d'absence, monsieur, je pensais à autre chose. Je vais te le dire, moi, à quoi tu pensais, c'est aux taureaux, et toujours aux taureaux. C'est vrai, monsieur, je pensais aux taureaux, c'est plus fort que moi. Ils sont là, la nuit, le jour, dans le piano, partout... e n'y peux rien, monsieur, c'est comme ça, ça me prend là, et ça me lâche pas... Savez-vous pourquoi je l'aime votre piano, Je l'aime parce qu'il est gros comme un taureau. Je l’aime parce qu'il est noir, je l'aime, et s'il avait des cornes, je l'aimerais encore plus. Oui, des cornes et des poils partout. Je pourrais jouer n'importe quoi avec un piano comme ça ! – Mais tu es fada ou quoi ? – Un piano à poils, un piano à cornes... – Et pourquoi pas un piano tigre, un piano baleine, un piano phoque... – Il est fada. II est fada, le pauvre. – Rentre chez toi, va ! Et repose-toi bien ! Voilà comment notre héros termina là sa carrière de Pianiste-rêveur. Si pour le piano il n'était ni bien, ni mal, pour ce qui était de l'école, c'était plutôt mal que bien, et pour le métier de torero, alors là ! Tout le monde en resta béat ; Même lui, ce métier de fou était tellement incompatible avec son état, que son père lui fit répéter trois fois. Comment un fils d'émigré italien, pourrait-il devenir torero et en France ? Alors que des milliers de petits Espagnols faméliques et toreros-nés n'arrivent pas à franchir une seule fois la porte du callejon ! « Mais tou é gné ! Lui dit son père, trois ans que yé m'escrime à payer des leçons dé mousique et loui, il veut faire le matamore !- Matador, papa ! – C'est pareil ! Matamore, mat adoré, tout ça – c'est des trucs qui sont pas pour nous ! » Comme il n'avait que 13 ans, son père se dit, que peut-être, avec le temps, tout cela tomberait dans l'oubli, emporté par le tourbillon de l'adolescence. Au printemps suivant, l'amour des taureaux fut déclaré vainqueur. Une réponse logique, après tout. Même si elle n'est pas conforme à celle que vous attendiez. S'il voulait devenir torero, c'est parce qu'il avait peur des taureaux. Une peur horrible, une peur panique, une peur incontrôlable. Une peur qui vous transforme un veau vindicatif en un immense taureau de 500 kg. Une peur qui vous allonge les cornes d'un mètre. Une peur qui transforme le petit sursaut - quand l'attaque vient-en un immense saut de grenouille en arrière. Alors me direz-vous, il n'avait qu'à vendre des frites ! Il n'aurait pu craindre que de se brûler les doigts ! >Eh oui ! Vous ave/ raison, mais lui, c'est justement cette peur qu'il voulait brûler tout entière brûler par les deux bouts, parce que, se disait-il, lorsque je l'aurai toute consumée, je pourrai enfin devenir le Grand Torero que le monde attend. Son raisonnement était presque juste. La peur ça s'use» comme les souliers, mais ça s'use tellement lentement... Très lentement, trop lentement. L'année de ses 14 ans, il avait pris de la taille et des épaules. Ce n'était plus le frêle gamin que Fon applaudissait par sympathie. Mais les taureaux aussi avaient pris du muscle, et surtout des cornes. Alors, il eut encore plus peur. 11 fit des choses terribles. Un jour, au cours d'un petit spectacle de bienfaisance, il abandonna tout, cape, muleta, et disparut telle une fusée. On le chercha partout. De mémoire d'aficionados, on n'avait jamais vu ça ! La foule hurlait ! C'est méchant la foule, surtout quand elle a payé pour voir le plus jeune matador de France, Céleste Panzoli, dit ! « El Babi » , mot italo-provençal qui signifie « italien ». Et ça hurlait, et ça hurlait ! Tout le monde cherchait l'infortuné Céleste. Sous les gradins, dans les vestiaires, à la chapelle des arènes. Mais de torero... point ! Et c'est sous les huées et les quolibets que celui qui lui servait de maître à l'École taurine, celui qui avait la lourde tâche de transformer un poltron de la pire espèce en un formidable torero, c'est lui, qui malgré ses 58 ans, estoqua le taureau ! La bête tomba. Le spectacle était terminé. Et quand les gardians entrèrent dans les corrales, pour ramener le taureau de réserve, que virent-ils ? Caché au fond d'une cage vide, notre Grand Torero, la figure verte, le corps agité de soubresauts. Ah, tu es là toi ? Quel pastis, mon pôvre ! On ne peut pas dire que ce soit une réussite. Mais tu peux sortir maintenant, tout le monde est parti, – même ton taureau ! - Merci, merci beaucoup, répondit le belluaire amateur. – Mais, tu ne vas pas partir habillé comme ça ? – rétorqua le gardian, Tiens, prends ma veste, – et dans le camion il y a pantalon. Débrouille-toi. Et c'est ainsi qu'il rentra piteusement chez lui, avec une veste trop grande et un pantalon plein de cambouis. Lui, qui voulait la grandeur, c'était réussi... enfin du côté vestimentaire ! Comme cette lamentable histoire avait eu lieu à l'automne, l'hiver effaça un peu le souvenir. Au printemps suivant, il surprit tout le monde. « El Babi » était engagé pour la féria. Pascale... Oh ! Pas dans les grandes arènes d'Arles, non ! Mais dans une arène portative montée spécialement pour la grande fête Arlésienne. Il n'y a pas pire public que celui-là. Un public fait d'Allemands, de Belges, de Hollandais... et d'Arlésiens. Des Arlésiens méchants et mauvais comme la gale... Mauvais comme les taureaux d'origines douteuses, qui leur étaient offerts. Tout était réuni pour faire un « fracasso », comme disent les Espagnols. Un scandale, comme disent tes autres. L'arène bourdonnait comme une ruche. Les trois toreros n'en menaient pas large. Enfin la musique joua F air du Toréador» L'air du Toréador, pour les toreros, c'est à la fois une envie folle de retourner chez eux, en courant, voir s'ils n'ont pas oublié quelque chose... d'affubler de tous les noms d'oiseaux et de fils de pute tous ceux qui n'ont rien fait pour les persuader de faire n'importe quoi... Sauf torero, et enfin de libérer toute cette énergie, si l'on peut dire, qui n'a rien trouvé de mieux que de se rassembler dans cet estomac si petit et que le costume oppresse. Après ça, c'est fini,», c'est le vide. On ne pense même plus au taureau quand le paseo s'ébranle et que Ton va saluer le président de la course. Le premier taureau passa comme une lettre à la poste. Bête et torero insipides... Le cornu mourut dans l'indifférence générale. Le second avait plus d'intérêt, il échut à un jeune apprenti torero catalan, plein de courage au départ, et qui finit... Plein de bosses à l'arrivée. Le public était content. La lutte avait été chaude. Qu'allait faire notre Céleste Panzoli, dit « El Babi » Son taureau sortit comme un train de marchandises. Lourd» puissant, impressionnant. Il avait un comportement bizarre. Courant avec la tête de travers, il donnait l'impression d'une bête atteinte de torticolis. Bien vile, les habitués s'aperçurent que si le fauve courait ainsi, c'est tout simplement qu'il était borgne. Un taureau borgne, c'est l'ennemi n° 1 des toreros. Un taureau borgne, c'est comme si vous aviez entre les mains une voiture qui ne tourne que d'un côté. Enfin, un taureau borgne, c'est le symbole même du cadeau empoissonné. De derrière les barrières, les conseils amis fusaient : Gaffe ! Il est borgne ! Ne te découvre pas! Reste sur le bon oeil ! Oui, reste sur le bon oeil répétait inlassablement son vieux maître. « El Babi » Blanc comme un fromage, ne dit rien. La montera enfoncée jusqu'aux sourcils, il sortit de derrière l'abri des planches, d'un pas tranquille, en criant : « Eh, torito eh ! » À cet appel, le TGV à pattes, s'immobilisa, huma, gratta, la tête de guingois. « Eh, torito, eh ! » répéta « El Babi » , tellement calme que ceux qui le connaissaient bien se demandaient si son fantôme n'était pas venu à sa place. Au troisième appel, le « char » se mit en route. « El Babi » le cueillit dans les plis de sa cape. La corne frappa le vide en zigzaguant. Sitôt passé, sitôt retourné, le quadrupède accélérait l'allure, passant et repassant, furieux contre cette proie que ses poignards aigus n'arrivaient pas à saisir. Ce fut, pendant quelques secondes, un ballet infernal Un mélange d'homme, de bête et de soie. Un ballet diabolique où la moindre erreur d'un poignet défaillant pouvait le conduire à l'hôpital ou au cimetière. Enfin, le monstre s'arrêta. La foule, muette jusqu'alors, explosa, telle une bombe. Ce fut un « Ole » gigantesque, un « Ole » qui surgit du fond des coeurs. « El Babi » Sortait le grand jeu. Face à ce criminel en puissance, il prit la muleta, et dédia ce combat à son vieux professeur de tauromachie, le seul, peut-être qui croyait en lui, puis regagna le centre de la piste. « El Babi » nous fit voir tout ce qu'un homme libéré de sa peur, et la cervelle dans sa poche, peut faire face à un taureau. De la gauche, de la droite, immobile, courrant bien la main, « El Babi» Défiait son destin. La foule était à ses genoux. « Tue-le, tue-le ! » criaient les puristes, sachant que le miracle ne pouvait durer. Mais « El Babi » était devenu sourd. Seule, sa voix claire lui parvenait aux oreilles. « Eh, torito eh ! » Les « Ole » s'arrêtèrent, quand les genoux dans le sable, et tenant la muleta à deux mains. Lltalo-Provençal cita le fauve sur son oeil borgne. « II ne passera pas, il ne passera pas ! » criait la foule. Mais le taureau passa. Le poignet du torero faisait des merveilles. « Eh, torito eh ! » Le mufle au sol, grattant les cailloux, la tête de travers, le cornu commençait à tirer des plans. Vous voulez du spectacle, en voilà ! « Eh, torito eh ! » La corne passa, une fois, deux fois. Millimètre par millimètre, le borgne gagna du terrain. La troisième fut la bonne. Cueilli à la pointe du menton, jeté tel un pantin à deux mètres du sol, « El Babi » retomba lourdement. La corne le frappa, encore et encore, sans jamais pénétrer ses chairs. Le fauve déchiqueta sa muleta, en une multitude de rubans rouges, qui volaient en tous sens. Le jeune torero profita de ce détournement de rage, pour se relever, et fuir vers l'abri, et là, saisissant rageusement une muleta de rechange, il estoqua le taureau venu à sa rencontre qui s'empala telle une pomme et tomba foudroyé. Le corps meurtri et couvert de poussière, porté par une foule d'admirateurs, « El Babi » répétait inlassablement : « Maintenant, je sais, Maintenant, je sais ! » Savait-il quoi au juste, notre torero italien ? ... Que le poète n'avait pas raison quand il disait qu'une muleta est un coquelicot, et que la corrida est un ballet où le temps reste suspendu. ... Que le sable rougi par le sang du torero a la forme d'un coeur et que la nuit venue, cette tâche s'envole dans le firmament étoile pour se poser sur le berceau d'un autre petit torero, né en Espagne, c'est bien, c'est très bien !... Mais moi, je suis italien ! C'est ainsi que commença et se termina la fulgurante carrière de notre torero. Et, si un jour, il vous arrive de prendre de l'essence sur le grand boulevard d'Arles, c'est un garçon blond qui vous servira. Regardez-le bien, et quand penché sur le bouchon du réservoir de votre voiture, vous lui direz : « El Babi ? ».. II vous regardera d'une drôle de façon... De : Francis Espejo (P.S.) Mais, Dites au fait : J'ai des Parents au Saintes Marie de la Mer...! si vous voulez le connaître : dit "El babi"...! C'est facile, vous aller en Arles + Saintes Marie de la mer (route de Cacharel) Puis là, à Coté "l'hôtel Galoubet" de la tante de Mireille, vous trouverez une, deux calèches avec à bord soit Mireille sa compagne ou Laurent ex : El babi, qui vous feront visiter les coins des Saintes, souvent en chantant des airs de Camargue...! (P.S.) dernniéres nouvelles, "El babi" résiderait toujours au Saintes Marie; mais il aurait fait une mauvaise passe avec Mireille Son : téléphone : néant Ma tante Coco, et Cousine, si vous voulez les connaîtres : dit "Coco et Nat Boisset"...! Et qui sont deux Formidables coiffeuses visagistes place de l'église et qui ont quelques Chambres + gîtes leurs : téléphone : 33 0490 978 406 "En Cadeau, Regardez Comment Gagner Beaucoup Plus De Clients, D'attentions.. En mettant du son, des Mots sur votre site!" |

